Italie : La parole à Alfredo !

Brughiere / mardi 19 mai 2026

Le 18 mai, au tribunal de Bologne, a eu lieu la deuxième audience du procès contre six compas, inculpé.es d’infractions liées à la mobilisation de 2022-23 aux côtés d’Alfredo, contre le 41-bis et la peine de perpétuité avec période de sûreté illimitée [il s’agit de l’incendie d’une antenne-relais, d’une banderole déployée sur une grue et de l’interruption d’une messe ; NdAtt.].

Lors de cette audience, plusieurs témoins ont été entendu.es et, parmi eux/elles, Alfredo aussi a pu prendre la parole, en visioconférence depuis la prison de Bancali.

Son émotion, en plus de celle de la trentaine de compas présent.es dans la salle, a été palpable dès tout de suite.

Alfredo a commencé par ces mots :

« En ce moment, il est émotionnant d’être ici, parce que la dernière fois que j’ai pu voir des visages amicaux a été il y a un an et demi et à cette époque-là il y avait Sara et Sandrone, qui maintenant sont morts et je n’ai pas pu leur apporter ma solidarité parce que, ici, l’isolement est total, ils t’interdisent d’exister ».

Il a continué en parlant des motivations qui, en 2022, peu après sont transfert dans le régime 41-bis, l’ont poussé à entreprendre une grève de la faim jusqu’au bout. Des motivations qui, comme il l’a rappelé lui-même, ont trouvé une large diffusion lors de la mobilisation internationale qui a soutenu sa lutte. Il a souligné que, sans le soutien reçu de l’extérieur, il aurait été condamné à la peine de perpétuité avec période de sûreté illimitée et que sa lutte a été motivée par la nécessité que sa détention en 41-bis ne constitue pas une précédent qui puisse être élargi au mouvement.

Après cela, Alfredo a raconté son état d’isolement actuel. Il a réaffirmé qu’il est soumis à un blocage presque total du courrier, qui, en ce moment (contrairement à la période avant la mobilisation) comprend aussi les notifications des courriers bloqués. Il ne reçoit plus de courrier depuis des mois, on lui a récemment remis une lettre de décembre 2025.

Il a ensuite parlé de la bien connue impossibilité d’accéder à des livre, que ce soit en les achetant par des catalogues ou en les demandant à la bibliothèque centrale de la prison. Il a raconté le paradoxe de son isolement, puisque il a eu connaissance d’une très grande partie des mobilisations anarchistes de ces dernières années, par le biais du très gros dossier qui motive le renouvellement de son 41-bis, défini par les matons qui le lui ont notifié comme « le plus gros de l’histoire du 41-bis ».

Élément ultérieur de son emprisonnement, il a décrit un 41-bis qui s’élargit toujours plus, à des personnes qui, avant, n’étaient pas touchées par ce régime pénitentiaire, dans un abaissement progressif du seuil d’accès ; il a cité l’exemple d’un détenu qui a été transféré de l’AS [Haute sécurité ; NdAtt.] parce que trouvé en possession d’un téléphone portable.

Cette occasion a d’ailleurs permis à Alfredo d’esquisser les passages de ses emprisonnements, de la prison militaire pour insoumission, aux sections pour détenus communs, aux sections Haute sécurité de Ferrara et de Terni, jusqu’à son atterrissage en 41-bis, défini comme un lieu d’isolement total. Sûrement, le regard d’Aldredo ne s’est pas arrêté à sa seule expérience personnelle et, cette fois aussi, il a profité de l’occasion pour condamner la brutalité de l’ensemble du régime 41-bis, en réaffirmant que pour lui il n’y a pas de différences entre les prisonniers qui se trouvent dans un tel système d’enfermement et d’annihilation. Il a décrit l’horreur de la section hospitalière de la prison d’Opera, où sont enfermées, pour la plupart, des personnes très âgées, dont nombreuses atteintes d’Alzheimer, en fauteuil roulant ou avec des limitations dans leurs autonomie, qui ne savent même plus pourquoi elle se trouvent là. Enfin, il n’a pas pu s’empêcher d’exprimer une évaluation sur le sens de ce régime pénitentiaire, voulu à l’origine pour éliminer des personnes avec lesquelles l’État a traité et qu’il a dû faire taire quand elles sont devenus inutiles à ses sales manœuvres [référence aux négociations entre l’État italien et la Mafia sicilienne, au début des années 90 ; NdAtt.].

À la suite à son témoignage dans la salle, il y a eu des inévitables, chaleureuses salutations, pleines d’amour, qui ont agacé la juge, qui a fait vider la salle. Au début de l’audience aussi, les compas présent.es ont réussi à saluer Alfredo, qui a répondu avec chaleur, en arrivant ainsi à rompre, même si seulement pour un instant, un isolement terrible. Cela a été une émotion très forte, partagée des deux côtés de ce maudit écran.

Nous sommes certain.es que l’occasion d’aujourd’hui a été précieuse pour Alfredo, mais encore plus pour nous, qui, dans ses mots et dans son ironie toujours présente, avons trouvé une fois encore une énorme détermination, une haine pour les oppresseurs et un grand amour pour ses compagnons, à commencer par ses premiers mots, pour Sara et Sandro. Et c’est avec leur souvenir que nous voulons, nous aussi, terminer ces lignes, pour ne pas oublier qui a donné sa vie pour lutter pour un monde diffèrent.

Avec Sara et Sandro dans le cœur.

Pour que de, de chaque prison, ne restent que des ruines.

Courage Alfredo !

Quelques compas de Bologne, inculpé.es et solidaires

La prochaine audience de ce procès aura lieu le 15 juin, à 9 heures. Y seront entendus les derniers témoins et probablement il y aura le début de la discussion.

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Note d’Attaque : on a reçu par mail une autre traduction de ce texte. Manque de bol, c’était une fois le travail fini, mais vivent toujours les traducteur.ices !
La voilà :

Des nouvelles sur un procès pour la mobilitation de 2022-2023 en solidarité à Alfredo en greve de la faim et contre 41 bis et emprisonnement à perpetuité

Le 18 mai, au tribunal de Bologne, italie, a eu lieu la deuxième audience contre 6 compagnon.ne.s, imputés pour des faits spécifiques inhérents à la mobilisation de 2022-23 aux côtés d’Alfredo contre le 41bis et l’emprisonnement à perpétuité.
Lors de cette audience, plusieurs témoins ont été entendus et, parmi eux, Alfredo lui-même a pu prendre la parole par vidéoconférence depuis la prison de Bancali, en sardaigne.
Son émotion, combinée à celle de la trentaine de camarades présents dans la salle, a été immédiatement palpable. Alfredo a commencé par ces mots:
En ce moment, c’est excitant d’être ici, parce que la dernière fois que j’ai pu voir des visages amis était il y a un an et demi et à l’époque il y avait Sara et Sandrone qui sont maintenant morts et je n’ai pas pu leur donner ma solidarité parce qu’ici mon isolement est total, ils t’interdisent d’exister.
Il a poursuivi en parlant des raisons qui, en 2022, après avoir été transféré au 41-bis, l’ont poussé à entreprendre une grève de la fin sans relâche. Motivations qui, comme il l’a rappelé lui-même, ont trouvé une large diffusion dans la mobilisation internationale qui a soutenu sa lutte. Il a souligné que, sans le soutien reçu de l’extérieur, il aurait été condamné à la réclusion à perpétuité et que sa lutte était motivée par la nécessité que son incarcération en 41 bis ne crée pas un précédent extensible au mouvement.
Suite à cela, Alfredo a raconté son état actuel d’isolement. Il a confirmé qu’il est soumis à un blocage quasi total du courrier qui, actuellement (contrairement à la période précédant la mobilisation), s’applique également aux notifications de courrier retenu. Il n’a pas reçu de courrier depuis des mois, une lettre de décembre 2025 lui a été récemment remise.
Il a ensuite parlé de l’impossibilité désormais connue d’accéder aux livres, que ce soit par achat à travers des catalogues ou par la bibliothèque centrale de la prison. Il a raconté le paradoxe de son isolement, ayant eu connaissance d’une grande partie des mobilisations anarchistes de ces dernières années à travers le très lourd dossier qui motive son renouvellement au 41 bis, pour 2 ans encore, défini par les mêmes gardes qui l’ont notifié « le plus corpulent de l’histoire du 41bis ».
Comme élément supplémentaire de son incarcération, il a décrit un 41bis qui s’étend de plus en plus à des personnes non touchées auparavant par ce régime, dans un abaissement progressif du seuil d’accès, citant l’exemple d’un détenu passé de l’AS (haute securité) au 41bis parce qu’il était en possession d’un téléphone portable.
Cette occasion a également permis à Alfredo de retracer les étapes de sa détention, depuis la prison militaire pour son opposition totale au service militaire, jusqu’aux sections communes, depuis les sections de haute sécurité de Ferrare et de Terni, jusqu’à l’atterrissage dans le 41bis, appelé lieu d’isolement total. Sûrement le regard d’Alfredo ne s’est pas arrêté à son expérience personnelle et, cette fois encore, il n’a pas manqué l’occasion de condamner la brutalité du 41bis tout entier, en réaffirmant que pour lui il n’y a pas de distinction entre prisonniers dans ce système d’enfermement et d’anéantissement. Il a raconté l’horreur du service hospitalier de 41 bis de la taule de Milan Opera, où sont détenues pour la plupart des personnes très âgées, plusieurs atteintes d’Alzheimer, en poussette ou avec différentes autonomie limitées, qui ne savent même plus pourquoi elles se trouvent là. Il n’a pas pu s’empêcher d’exprimer, enfin, une considération sur le sens de ce régime, voulu à l’origine pour éliminer les sujets avec lesquels l’État a traité et qu’il a dû faire taire une fois qu’ils se sont révélés inutiles à ses sales jeux.
À la suite de son témoignage, des salutations inévitables et chaleureuses, chargées d’affection, se sont élevées dans le tribunal, ce qui a contrarié la juge et a entraîné l’évacuation de la salle. Même au début de l’audience les compagnon.ne.s presentes ont réussi à saluer Alfredo qui a répondu avec affection, réussissant ainsi à briser, même pour une fraction de seconde, un isolement terrible. C’était une émotion très forte, partagée par les deux côtés de ce foutu écran.
Nous sommes certains que l’occasion d’aujourd’hui a été très précieuse pour Alfredo, mais encore plus pour nous, qui dans ses paroles et dans son ironie toujours présente, nous avons trouvé une fois de plus une détermination énorme, une haine pour les oppresseurs et un amour très fort pour ses compagnon.ne.s, à partir de ses premiers mots pour Sara et Sandro. Et c’est avec leur vif souvenir que nous voulons nous aussi conclure ces lignes, pour ne pas oublier celles et ceux qui ont donné leur vie pour lutter pour un monde différent.
Avec Sara et Sandro dans le cœur.
Pour qu’il ne reste de chaque prison que des décombres.
Courage, Alfredo !

Anarchistes de Bologne

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