Squat!net / dimanche 1er mars 2026
Traduction du texte « Die autonomen Besetzungstage in Leipzig: Ein Rückblick und Fazit » publié le 20 février 2026 sur de.indymedia.org.
Un certain temps s’est écoulé depuis le début des Journées d’occupation autonome à Leipzig en octobre 2025. Nous avons pris le temps de nous remettre de ces journées d’action. Nous voulons maintenant prendre un peu de recul pour revenir sur ces événements. Que s’est-il réellement passé, comment les actions se sont-elles déroulées et quelles leçons pouvons-nous en tirer pour l’avenir ? Dans les lignes qui suivent, nous voulons passer en revue ces journées de manière chronologique et, à la fin, jeter un regard plus large et autocritique sur l’ensemble de cette période.
Nous avons ajouté des liens vers d’autres textes tout en bas de cette page.
QUE S’EST-IL PASSÉ ?
Le vendredi 10 octobre 2025, à la suite d’une manifestation énergique contre la hausse des loyers et la gentrification, l’ABeTa a commencé à occuper l’immeuble Henri situé au 99 de la Lützner Straße. Rapidement, des sympathisant⋅es, parmi lesquels des riverain⋅es et certain⋅es participant⋅es à la manifestation, se sont rendu sur place et ont salué l’occupation. La Küfa-Team du rassemblement s’est rapidement installée devant le squat Henri aux côtés des personnes déjà présentes.
Au bout de deux heures, les premières voitures de police et les agents de l’ordre public sont arrivés, visiblement dépassés par la situation – la dernière occupation de maison à Leipzig remontait en effet à un bon moment déjà, ils en avaient perdu l’habitude. Cela ne les a toutefois pas empêchés d’utiliser des drones, d’empêcher les voisin⋅es d’accéder à leurs appartements et de répondre par la violence à leurs protestations légitimes.
Contrairement à ce dont nous avions l’habitude à Leipzig, ils ont commencé à expulser le bâtiment après 22 heures. Les squatteur⋅euses ont ensuite raconté la brutalité de l’intervention, et les sympathisant⋅es ont également pu observer par la fenêtre comment une personne a été jetée à terre. Après environ une heure et demie d’intervention policière, les squatteur⋅euses ont quitté le squat Henri et ont été accueilli⋅es par le rassemblement devant le bâtiment.
Le lendemain matin, l’ABeTa faisait la une de la presse locale de Leipzig, avec le titre : « Une nouvelle maison a été squattée ! ». Il n’y avait pratiquement pas de sympathisant⋅es devant le « Waldi ». Mais celles et ceux qui étaient présent⋅es ont été récompensé⋅es à midi, lors de l’expulsion de la maison, par la nouvelle que les squatteur⋅euses du Waldi n’avaient pas été retrouvé⋅es par la police.
Les flics devaient bien sûr évacuer cette frustration quelque part, ce qu’ils ont fait le dimanche 12 octobre devant la « Villa Krause », située au 8 Julius-Krause-Straße. La Villa Krause était une maison située à l’est de Leipzig qui avait été ouverte ce matin-là au voisinage et à toutes les personnes intéressées. De nombreuses belles conversations ont eu lieu à propos de la propriété, où du café et des gâteaux étaient proposés et où il était possible de visiter l’intérieur de la maison. Non loin de la Villa Krause, une banderole de solidarité a également été déployée vers midi afin d’attirer l’attention d’un plus grand nombre de résident⋅es et de passant⋅es sur l’ouverture de la maison. Les personnes présentes ont discuté ensemble de ce qui pourrait advenir de ce magnifique bâtiment. Cependant, la réunion de quartier prévue pour rassembler et concrétiser ces idées n’a pas eu lieu.
Vingt minutes avant le début de la réunion, une horde d’environ 60 flics en tenue anti-émeute est arrivée et a expulsé l’assemblée du terrain. Certain⋅es participant⋅es à la réunion, qui étaient sur le point de partir, ont alors été ramené⋅es de force pour être accusé⋅es sans ménagement d’être des squatteur⋅euses et d’avoir commis une violation de domicile. Le rêve d’un nouvel espace communautaire à Sellerhausen s’est envolé.
Le lendemain soir, nous avons reçu une nouvelle qui a rendu cette frustration un peu plus supportable : à l’ouest, une occupation fictive avait eu lieu dans un immeuble vacant situé à l’angle d’une rue. Des banderoles avaient été accrochées pour signaler que cet immeuble faisait partie des nombreux bâtiments vacants de Leipzig.
Deux jours plus tard, le mercredi 15 octobre, le « Eineck » a été occupé par « Leipzig Besetzen » dans l’est de la ville. L’immense bâtiment d’angle situé dans la Einertstraße devait accueillir un nouveau centre social et des logements abordables. Rapidement, des sympathisant⋅es solidaires se sont rassemblé⋅es et ont fourni aux squatteur⋅euses tout ce dont elles/ils avaient besoin. Elles/ils ont également embelli la façade du bâtiment et ses environs avec des ballons et des guirlandes. Les squatteur⋅euses donnaient régulièrement de leurs nouvelles depuis l’intérieur, ce qui a permis de maintenir une bonne ambiance devant le bâtiment. Même si de nombreuses discussions intéressantes ont eu lieu entre les personnes solidaires présentes sur place, certaines ont regretté de ne pas avoir la possibilité d’échanger avec les riverain⋅es. Ce qui aurait pu se passer ici a été réduit à néant en quelques heures par la police. Bien que les flics n’aient eu aucun contact avec le propriétaire au moment de l’expulsion et, à notre connaissance, jusqu’à présent, cela ne les a pas empêchés d’expulser les nouveaux habitant⋅es de l’Eineck avec un important dispositif policier. Après avoir échoué à entrer par la porte d’entrée, les flics ont tenté leur chance par l’arrière-cour. Pour cela, ils ont escaladé les balcons privés des voisin⋅es, qu’ils ont traité⋅es de manière très désagréable, voire brutale. Les squatteur⋅euses ont également raconté plus tard le comportement très violent de la police, ainsi que quelques anecdotes sur l’incompétence des flics. Ainsi, ces derniers se seraient perdus en descendant les escaliers, et auraient cherché pendant une éternité une neuvième banderole, alors qu’il n’y en avait que huit accrochées à la maison.
Pendant les Journées d’occupation et même après, nous avons reçu de nombreux messages d’actions de solidarité avec les ABeTa. Cela nous a fait énormément plaisir, car les journées d’action avaient commencé par un appel à participer de façon autonome. Des banques, des agences immobilières, des serrureries et des commissariats de police ont été attaqués et plusieurs manifestations spontanées ont eu lieu. Après l’expulsion de l’Eineck, un rassemblement massif sur l’Eisi le vendredi 17 octobre a été lancé sur de.indymedia.org. Nous étions content⋅es que la rue soit prise d’assaut et qu’un espace soit ainsi créé pour accueillir les émotions et la colère suscitées les jours précédents par les expulsions extrêmement rapides de toutes les occupations.
Plusieurs banderoles accrochées aux squats et à d’autres maisons vides ont témoigné de la solidarité avec d’autres centres autonomes et squats en Allemagne et dans toute l’Europe. Au même moment, plusieurs maisons ont été squattées dans d’autres villes : le Bierpinsel à Berlin, le Korner à Brême et sur l’Innstraße à Rosenheim. De plus, quelques banderoles de solitarité ont été accrochées dans différentes villes, en solidarité avec l’ABeTa.
CRITIQUES ET RÉFLEXION
Pendant les journées d’action, nous avons souvent ressenti de la frustration et de la déception. Les expulsions rapides et violentes des maisons nous ont souvent fait nous sentir impuissant⋅es et petit⋅es. Les flics ont atteint deux objectifs avec leur mode d’intervention : nous priver d’espoir rapidement, et détruire toute possibilité de mobilisation et de mise en réseau (en particulier avec les habitant⋅es et le quartier).
Ce désespoir s’est également manifesté pour nous dans le nombre relativement faible de sympathisant⋅es devant les maisons. Les occupations de maisons ne semblent plus avoir autant de potentiel de mobilisation qu’il y a quelques années. Comme il y avait très peu de monde sur place et que les expulsions rapides ne permettaient pas de reprendre l’initiative, il aurait été judicieux que les rassemblements devant les maisons soient mieux préparés. Cela aurait permis de dépasser nos seules capacités, mais cela a malheureusement été laissé de côté. Avec davantage de travail aux côtés d’initiatives déjà existantes et un réseau plus large au cours des mois précédents, nous aurions pu disposer de plus de ressources pour assumer ce travail. Une autre approche que nous aurions pu adopter aurait été de préparer de façon plus ouverte les journées d’action afin d’impliquer davantage de personnes dans le processus.
Malgré tout, grâce à la multitude d’actions et à la durée des journées d’action, les occupations et leurs revendications ont été relayées dans l’opinion publique. Nous avons été impressionné⋅es par la quantité de commentaires et d’articles de presse majoritairement positifs à propos des ouvertures de squats. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à maintenir cette vague d’attention et à l’utiliser pour insuffler une nouvelle énergie dans la lutte contre la gentrification et les rapports de propriété actuels.
Nous avons remarqué que les occupations et les actions de solidarité ont donné la part belle aux formes d’action typiques du milieu [autonome]. Nous aurions apprécié que d’autres actions soient également représentées, qui auraient permis la participation d’un plus grand nombre de personnes et rendu les journées d’action plus accessibles.
Nous pensons que les personnes extérieures n’ont parfois pas vraiment compris l’enjeu des actions publiques. Nous trouvons cela dommage, car la lutte contre les rapports de propriété existants n’est pas un sujet de niche de la gauche. La colère suscitée par la hausse constante des loyers, la disparition des lieux non commerciaux et les propriétaires hostiles nous unit aux personnes qui, comme nous, sont touchées par cette situation déplorable. C’est pourquoi nous trouvons d’autant plus regrettable qu’il soit désormais difficile d’établir et de maintenir ce lien.
ÉMOTIONS
Nous nous sommes également demandé dans quelle mesure les émotions que nous essayons actuellement de transmettre dans la rue sont encore authentiques. L’espoir de nouveaux espaces de liberté et la volonté de les conserver sont éclipsés par les expulsions inévitables, lors desquelles le système démontre sa supériorité écrasante. La destruction répétée de nos rêves ne nous laisse souvent plus que de la résignation, et non plus de la colère. Pour certain⋅es d’entre nous, les actions dans lesquelles nous voulons exprimer notre colère dans la rue ne sont plus qu’une simple performance.
Mais pour nous, abandonner n’est pas une option. Tant que ce système et ses rapports de propriété contraignent les gens à vivre dans des conditions de plus en plus précaires, nous ne pouvons pas cesser de lutter pour une coexistence solidaire et pour des espaces de liberté. Sans colère, sans espoir et sans solidarité, nous ne pouvons pas gagner ce combat.
STRATÉGIES
Pour lutter contre la résignation, nous avons décidé, lors des journées d’action, de ne pas simplement abandonner après une expulsion, mais de réoccuper immédiatement les lieux. Cela nous a aidé à faire face au caractère actuellement vain des occupations et nous permet, rétrospectivement, de considérer ces journées comme un succès.
Pour nous, cela a bien fonctionné d’être là les un⋅es pour les autres. Nous avons réussi à nous entraider avant, pendant et après les actions. Nous voulons que cela continue à faire partie de notre pratique.
Nous gardons un souvenir particulièrement positif de l’occupation de la Villa Krause. Le concept d’occupation ouverte a été très bien accueilli par les visiteur⋅euses et les résident⋅es. En ayant la possibilité de visiter l’intérieur de la maison, les personnes présentes ont pu découvrir sous un nouveau jour les occupations et ce qu’elles peuvent apporter. Autre avantage : les personnes qui avaient ouvert la Villa à tou⋅tes n’ont pas été arrêtées par la police lors de l’assaut du site.
BILAN
Nous avons profité des Journées d’occupation autonomes et de leurs nombreuses actions pour tester de nouvelles formes d’action, pour apprendre ensemble et pour évaluer le succès de différentes formes d’occupation. Nous avons vécu beaucoup de moments forts, petits et grands, qui nous ont rapproché⋅es, nous ont donné de l’espoir et nous ont apporté du plaisir. Nous considérons cela comme une victoire évidente.
Même si les occupations deviennent de plus en plus difficiles, nous souhaitons vous encourager à vous mobiliser, à tester de nouvelles stratégies et à continuer à squatter !
QU’EST-IL ADVENU DES MAISONS ? (musique punk triste en fond sonore)
La porte d’entrée de la maison Henri a été murée après quelques jours.
Le lendemain, quelqu’un était déjà devant la Waldstraße pour repeindre la maison.
Sur le mur de la Villa Krause, des dessins à la craie rappellent encore les bons moments que nous y avons passés.
À Eineck, une guirlande lumineuse brillait encore à la fenêtre quelques jours plus tard et y est toujours accrochée.
D’AUTRES TEXTES (en allemand)
Hausbesetzungen und die Frage von Legalität und Legitimität (Les squats et les questions de la légalité et de la légitimité, 27 nov. 2025, Rechtsanwältin Anna-Maria Müller)
À propos des concepts prévus pour l’utilisation des bâtiments squattés:
Squat Henri
https://abeta.noblogs.org/nutzungskonzept/
Villa Krause
https://abeta.noblogs.org/nutzungskonzept-2/
Eineck
https://abeta.noblogs.org/nutzungskonzept-3/
Un beau texte sur l’espoir (en allemand et en anglais):
An die Hoffnungslosen / An die Hoffnungsvollen (Aux pessimistes / Aux optimistes, 28 avril 2025, de.indymedia.org)





















































