IAATA / mardi 6 janvier 2026
Suivi de l’affaire Ampelokipi, communiqué sur la manif de soutien du 31 octobre 2025
Le texte ci-dessous est une traduction libre ; issu du communiqué du 20-11-2025 de l’assemblée en solidarité avec les combattants prisonnier.es en fuite ou persecute.es à Athènes, en Grèce. Il s’agit d’un compte rendu des 3 jours de commémoration pour Kyriakos Xymitiriset en solidarité avec les camarades emprisonnées pour l’affaire dite d’ampelokipoi.. […]
Le 31 octobre de l’année dernière a été marqué par un évènement très lourd et définitif pour nous, mais aussi pour tous les militants et militantes du mouvement révolutionnaire. Notre camarade et membre de l’assemblée, Kyriakos Xymitiris, a rendu son dernier souffle il y a un an, après avoir lutté jusqu’au bout pour un monde libéré de l’oppression et du pouvoir. Parallèlement, notre camarade Marianna Manoura, qui était également membre de notre assemblée, a été arrêtée et emprisonnée, tandis que quelques jours plus tard, notre camarade Dimitra Zarafeta, notre camarade Dimitris Nikos Romanos et A.K. dans le cadre de l’affaire désormais connue sous le nom d’« affaire d’Ampelokipoi » [ou Ambelókipi, en français ; NdAtt.].
Un an plus tard, à un moment critique tant pour l’affaire, puisque nos camarades venaient de passer 12 mois derrière les barreaux de la démocratie, en détention provisoire, sans qu’aucune demande de libération n’ait été acceptée, que pour la réalité du mouvement dans son ensemble, car des dizaines de militants et militantes font face à des persécutions constantes et que la répression s’intensifie, a été organisé à l’initiative de l’assemblée « de solidarité avec les combattants prisonnier.es, en fuite ou persecute.es » trois jours de commémoration et de lutte en mémoire de notre camarade Kyriakos Xymitiris et pour l’affaire d’Ampelokipoi.
L’objectif était de faire d’octobre un mois de mémoire et d’action révolutionnaires en prenant position aux côtés de notre camarade qui a perdu sa vie en luttant pour le renversement du système capitaliste et de l’injustice qu’il reproduit. Dans le même temps, nous avons tenté de renforcer la procédure d’appel de nos camarades Marianna et Dimitra afin de garder vivant le souvenir de Kyriakos et de défendre ses choix, de créer de nouveaux champs de lutte en renforçant ceux qui existent déjà.
Le vendredi 31 octobre, une marche nationale de mémoire et de lutte a été organisée en hommage au camarade anarchiste Kyriakos Xymitiris et à l’affaire des Ampelokipoi, avec la participation de près de 1 000 camarades, la famille de Kyriakos et le soutien de dizaines de groupes anarchistes. Le point de rassemblement était Propylées (ensemble des bâtiments historiques administratives, parmi eux le rectorat de l’université d’Athènes, ndt), le bloc organisé et gardé s’est tenu derrière la banderole « Kyriakos Xymitiris présent dans les luttes pour la révolution sociale – Liberté pour les camarades emprisonnés » et a défilé dans les rues centrales d’Athènes, les remplissant de tracts et de slogans sur l’affaire. Les forces de répression, bien qu’elles se soient déployées dès le début autour du cortège avec des dizaines de sections de MAT (CRS grecs ndt), ont adopté une attitude attentiste jusqu’à Syntagma (place emblématique d’Athènes et de la lutte où setrouve le parlement, ndt), où elles ont commencé les premiers affrontements avec les camarades, sans toutefois créer de tension supplémentaire. Au retour du cortège, alors qu’il avait été décidé de se rendre au monument de Messolonghi, nous avons observé quelque chose d’inhabituel dans les choix de la police grecque. Lorsque nous sommes entrés dans le quartier d’Exarchia (quartier longtemps occupé et symbole du mouvement social de 2008 et de ses suites, aujourd’hui de plus en plus gentrifié) et que nous avons tourné vers la rue Benaki, les CRS se sont approchés à quelques centimètres de nous, ont mis leurs masques et ont commencé à menacer les gens.
En quelques secondes, sans aucune tension de notre part, les flics ont attaqué avec acharnement, dans le but de blesser, de terroriser et d’arrêter (dans une moindre mesure) autant de camarades que possible.
Leur attaque violente, à coups de matraques, de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes, s’est déroulée de tous côtés, ce qui a eu pour conséquence que la majeure partie du cortège s’est retrouvée coincée dans la rue Benaki et a tenté d’atteindre la rue Akademias (rues proches de la place d’exarchia), où d’autres escadrons ont de nouveau attaqué. Les « gardes » (sorte de « service d’ordre », personnes spécialement équipées pour la défense du cortège) a tenté de se défendre pendant un moment afin de donner le temps aux autres camarades de se diriger vers Exarchia. Les violences policières se sont poursuivies pendant plusieurs heures dans le quartier d’Exarchia, avec des attaques contre les passants, les habitants et les camarades sur la zone piétonne de la rue Mesolongiou (rue ou l’adolescent de 15 ans Alexandros Grigoropoulos avait été assassiné par la police en 2008, et qui avait mis le feu aux poudres et avait donné lieu à des semaines d’émeute) dans les rues environnantes. Des dizaines de manifestants ont été frappés, plusieurs d’entre eux se sont retrouvés à l’hôpital avec des blessures à la tête et des contusions, et des dizaines d’arrestations ont eu lieu. La doctrine de la « tolérance zéro » s’est poursuivie à l’extérieur du Poste de police, où des camarades qui s’étaient approchés du rassemblement de solidarité ont été arrêtés. Cinq des arrestations initiales ont été transformées en détentions, les accusations de type délictuel comprenant la perturbation de l’ordre public, des violences sur PDAP, des ports d’armes, tentative de coups et blessures et, dans certains cas, dommages matériels et coups et blessures. Les camarades ont été détenus pendant trois jours au siège de la police, puis relâchés avec une date d’audience fixée à mars 2026.
Il est à noter que certains des compagnons qui ont dû être hospitalisés pour soigner leurs blessures ont retrouvé quelques jours plus tard leurs noms dans des dossiers constitués par la Sécurité d’État. Plus précisément, ceux qui ont dû être transportés en ambulance du lieu de l’affrontement à l’hôpital ont vu l’administration de l’EKAV (service national d’ambulances) coopérer avec la Sécurité en communiquant leurs noms, tandis que, la même nuit, des agents de sécurité parcouraient les couloirs des hôpitaux de garde à la recherche de camarades blessés.
Le climat de tension créé par les flics, ainsi que le lieu et l’intensité de leur attaque, ne nous surprennent pas. Il est évident que leur décision d’attaquer dans le quartier d’Exarchia avait un objectif politique clair : « nettoyer » préventivement la zone, envoyant ainsi un message contre la radicalisation du quartier et toute forme de révolte. L’énorme dynamique qui semblait animer le mouvement de solidarité pendant les deux premiers jours de ces trois jours de commémoration et de lutte a inquiété l’État, qui a donc choisi de l’attaquer en tentant de le terroriser. Les flics et leurs supérieurs politiques sont incapables de comprendre que leur seule réussite dans cette entreprise a été de rallier l’ensemble du mouvement de solidarité, de le convaincre de poursuivre la lutte et de le rendre plus déterminé que jamais. Une lutte pour laquelle notre camarade a donné sa vie et pour laquelle d’autres se trouvent derrière les barreaux. Une cause qui, contre la répression extrême de l’État, l’oppression de nos vies par le système capitaliste et la frustration de la privatisation, reste vivante.
Le dernier jour du triptyque, une cérémonie politique a été organisée en mémoire de notre camarade Kyriakos Xymitiris au cimetière d’Amarousion. De nombreux amis, camarades et compagnes ainsi que sa famille ont assisté à la cérémonie.
Au cours de la cérémonie, des slogans en hommage au camarade Kyriakos ont été scandés et des textes rédigés par des collectifs, amis, parents de Kyriakos ont été lus, et les compagnes emprisonnées Marianna Manoura et Dimitra Zarafeta ont lu des textes à la mémoire de Kyriakos par téléphone.
Un rassemblement a ensuite eu lieu à la prison pour femmes de Korydallos en présence de dizaines de camarades, des slogans ont été scandés et nous avons écouté les camarades emprisonnées.
À la fin du rassemblement, les gens se sont spontanément rendus sur la promenade historique de Messolonghi, où se trouve la plaque commémorative dédiée à leur camarade Kyriakos, pour scander des slogans et partager des anecdotes à son sujet.
Le 2 novembre, nous nous sommes tous retrouvés pour partager notre douleur, notre colère, nos larmes et promettre que nous n’oublierons pas notre camarade, que son combat sera poursuivi par nous et par les prochains militants et militantes, que tous ceux et celles qui ont perdu la vie dans la lutte nous accompagneront pour toujours dans nos pas.
(le texte original : https://athens.indymedia.org/post/1638511/ )





















































