extrait de La Nemesi / samedi 18 janvier 2025
Note d’Attaque : la déclaration de Sara à l’audience préliminaire du procès « Sibilla », le 15 janvier 2025 (cette procédure s’est soldée par un non-lieu général).
Sara et Sandrone sont décédés il y a deux jours, dans une explosion accidentelle.
Nous n’oublierons pas nos compas tombé.es dans la lutte contre l’autorité.
Je suis anarchiste. En tant qu’anarchiste, je suis ennemie de cet État, ainsi que de tout autre État, étant donné que celui-ci suppose par essence l’exercice du pouvoir militaire et économique de quelques hommes et femmes sur d’autres personnes et sur la planète en général. Je suis ennemie de toute forme de gouvernement que celui-ci se donne, étant donné que le choix entre démocratie et dictature n’est que celui qui est le plus fonctionnel pour maintenir le contrôle sur la population, ou, pour être plus précis : sur la classe opprimée. Je hais l’actuel ordre existant et ceux qui le détiennent, je crois donc dans la justesse de la violence des opprimés à l’encontre de leurs chaînes et à l’encontre de ceux qui les serrent.
Le fait de siéger sur le banc des accusé pour répondre de la dégradation de voitures de la poste, une entreprise responsable des expulsions de centaines de migrants qui se sont enfuis des guerres dont l’Italie est co-protagoniste, ne me provoque ni trouble, ni honte.
Par contre, ce qui m’indigne, pour utiliser un euphémisme, est la reconstruction que vous avez fait de l’anarchisme. Un montage fait de mensonges visant seulement à faire augmenter le nombre d’années de taule pour des compagnons et des compagnonnes, visant seulement à justifier l’utilisation de régimes pénitentiaires spéciaux, où sinon on ne pourrait pas les envoyer. Le parquet a donc crée un monde, un monde anarchiste fait de chefs, où des articles de journal deviennent des « ordres », où il y a des personnes qui donnent des consignes et des personnes qui les reçoivent, où il y a des personnes qui incitent et des personnes qui sont incitées.
La chose la plus surprenant est que ce dont vous accusé l’anarchisme est, en réalité, votre monde. Sur chaque caserne des Carabinieri trône le slogan « obbedir tacendo e tacendo morir » [« obéir en se taisant et mourir en se taisant », l’ancienne devise des Carabinieri ; NdAtt.], une devise qui laisse une grande latitude à la justification individuelle, pour ces serviteurs qui exercent chaque jour la violence d’État. Une devise étudiée ad hoc soit pour soulager sa conscience des barbaries quotidiennes, soit peut-être, plus probablement, pour se démarquer de quelque procès, commencé seulement quand les actes des ainsi-dits garants de l’ordre public sont trop retentissants pour les passer sous silence.
La responsabilité individuelle est par contre un fondement de l’anarchisme. Je ne reçois pas d’ordres et je n’en donne pas, de personne et à personne. J’agis seulement en fonction de ma conscience, qui ne suit pas de paramètres d’intérêt ou d’avantages et qui reste la seule voix que je puisse écouter.
Le fait de voire un anarchiste, mon coïnculpé dans ce procès, en régime pénitentiaire 41bis, n’est pas un moyen pour me dissuader de ma conviction dans mes idées, au contraire, cela la renforce. Cela me convainc d’autant plus de votre hypocrisie, me convainc d’autant plus du fait que, au delà de l’injustice du 41bis dans sa situation précise, le 41bis en général est une torture. Parce que l’on ne peut pas garder des êtres humains sans aucun contact physique et sans voir le ciel, pour une durée indéterminée. Cela me convainc du fait qu’il y a une différence énorme entre la violence des opprimés et celle des oppresseurs : la première suit une éthique, la deuxième non.
Toujours pour l’anarchie.
Fermer le 41bis.
Sara Ardizzone





















































