Dark Nights / samedi 10 janvier 2025
Chasse à l’homme après les manifestations de masse d’août à Surakarta (Solo) : Arrestation des compagnons Riky et Kipli (dit Blazevomit)
Alors que le régime autoritaire de Prabowo et Gibran [Gibran Rakabuming Raka, ancien maire de Surakarta et surtout fils de l’ancien président Joko Widodo, il est l’actuel vice-président de l’Indonésie ; NdAtt.] resserre son emprise sur l’Indonésie, en 2025 la dissidence éclate à travers le pays. Ce qui a commencé comme une vague massive de manifestations contre la corruption, l’oppression et la violence systémique s’est transformé en une campagne incessante de répression, voulue par l’État. Dans les rues, des mouvements de solidarité ont fleuri à la suite d’un événement tragique : le meurtre brutal d’Affan, un conducteur de moto-taxi à commander en ligne, écrasé par un véhicule blindé de la Brimob [Mobile Brigade Corps – une unité paramilitaire et tactique de la Police nationale indonésienne, dédiée aux opérations spéciales], pendant une manifestation à Jakarta. Cet acte de violence a allumé un feu de résistance encore plus grand, mais il a aussi marqué le début d’une répression systématique contre les compas, les journalistes et toute personne défiant le régime.
Deux compagnons de Solo [nom familial de la ville de Surakarta, dans la province de Java central ; NdAtt.], Rizky Ardiansyah, connu comme Riky, et Muhammad Rafli Andriansyah, ou Kipli, ont été parmi les premiers à tomber victimes de la vague d’arrestations du régime. Les deux ont été arrêtés en novembre pour leur implication dans une manifestation, en août, au quartier général du bataillon C Pelopor de la Brimob, dans le quartier de Manahan, à Solo. Ils ont été accusés d’une série d’infractions graves, y compris la destruction présumée de biens et la participation à la fabrication d’engins incendiaires, tels que des cocktails Molotov, des accusations qui ont été largement gonflées et alimentées par des preuves visuelles obtenues par la police.
Mais le véritable enjeu ici ne concerne pas seulement les chefs d’inculpation. Ceux-ci sont un écran de fumée, un outil utilisé par l’État pour criminaliser la dissidence et étouffer la résistance croissante. Riky et Kipli passent maintenant en procès à Surakarta, leurs audiences étant prévues pour janvier 2026, mais leur situation difficile reflète une réalité bien plus vaste : la guerre de l’État contre quiconque ose s’y opposer.
L’arrestation de Riky, le 2 novembre 2025, est survenue bien après que les manifestations se soient calmées. Les autorités l’ont pris pour cible non pas en raison d’une implication directe dans des crimes, mais parce qu’il symbolisait le mouvement plus large qui contestait le régime. Riky, qui traînait simplement à Taman Tirtonadi [un joli parc qui est un lieu de rencontre et un skatepark], est devenu une cible parce qu’il a refusé d’être réduit au silence. Son arrestation a été un signe clair que la répression de l’État n’était pas seulement réactive, elle était préméditée et motivée par des raisons politiques.
De manière similaire, deux jours après l’arrestation de Riky, Kipli a été prélevé chez lui, au milieu de la nuit, une manœuvre typiquement destinée à semer la peur. La police a affirmé qu’elle avait des documents visuels le reliant aux manifestations, mais ces preuves fragiles n’ont fait que souligner l’illégitimité des chefs d’inculpations portées contre les deux.
Les familles de Riky et de Kipli ont rapporté des signes inquiétants de violences physiques et de torture, à la suite de leur arrestation. Selon des membres des familles, les deux compagnons ont été soumis à des violents tabassages, avec des cannes et des tuyaux, pendant leur détention. Leurs corps étaient meurtris et cabossés, montrant jusqu’où l’État est prêt à aller pour écraser la résistance. Ces tactiques ne sont pas des anomalies, elles font partie d’une stratégie plus large, de la part du régime, visant à intimider, torturer et faire taire ceux qui refusent de se conformer.
Une telle brutalité est le reflet de la nature autoritaire du gouvernement Prabowo-Gibran, un gouvernement qui ne reculera devant rien pour maintenir son contrôle, même si cela signifie utiliser la violence et la terreur pour étouffer toute opposition.
L’affaire de Riky et Kipli n’est pas une affaire criminelle, elle est une affaire politique. Elle est la tentative du régime de criminaliser l’acte même de protester et la dissidence. Leur procès est un exemple clair de la façon dont l’appareil judiciaire a été utilisé comme arme par l’État, pour protéger son propre pouvoir plutôt que pour servir le peuple. Riky et Kipli ne sont pas des criminels, ils sont des compagnons qui ont osé s’exprimer contre un système oppressif. Ils sont victimes d’un processus judiciaire qui est intrinsèquement corrompu, répressif et politiquement orienté.
Leur avocat, Made Ridho, a condamné les irrégularités de leur procès, en notant qu’il n’y a aucune preuve cohérente qui relie les compagnons aux crimes dont ils sont accusés. Les chefs d’inculpation sont vagues, les témoins peu fiables et les arguments de l’accusation de plus en plus absurdes. Malgré cela, l’État est déterminé à les voir condamnés, non pas parce qu’ils sont coupables, mais parce qu’ils représentent une menace pour l’ordre établi.
Les arrestations de Riky et Kipli ne sont que le début. Ils font partie d’un effort plus large de l’État pour criminaliser la dissidence politique et réprimer toute forme de résistance. Mais l’arrestation des deux jeunes compagnons n’est pas un événement isolé. Elle fait partie d’une campagne de répression plus large, conçue pour faire taire quiconque défie l’autorité de l’élite dirigeante.
Le message de l’État est clair : manifester est illégal, la dissidence est un crime. Mais le mouvement anarchiste sait quelque chose d’encore mieux. Nous savons que le combat pour la liberté n’est jamais facile, mais c’est un combat qui vaut la peine de mener. L’arrestation de Riky, Kipli et d’autres personnes comme eux est un honneur, un témoignage de leur courage face à la violence de l’État.
Dans les mois à venir, la lutte s’intensifiera. Nous continuerons à dénoncer les mensonges de l’État, à lutter contre ses tactiques oppressives et à être solidaires avec ceux/celles qui ont été injustement emprisonné.es. Nous ne permettrons pas à l’État de criminaliser la dissidence et nous ne leur permettrons pas de réduire nos voix au silence.
Les actions de Riky et Kipli n’étaient pas des crimes, elles étaient des actes d’insurrection contre un système corrompu et violent. Ils ne sont pas des criminels, ils sont des insurgés, des combattants pour la libération, pour l’autonomie et la liberté. Leur procès n’est pas un cas isolé, il est un symptôme de la bataille plus large que nous menons contre un régime qui ne reculera devant rien pour protéger ses intérêts.
Tant que l’État continuera d’opprimer le peuple, nous continuerons à résister. Et le jour viendra où la voix du peuple ne sera plus réduite au silence. Il ne s’agit pas seulement de deux compagnons, il s’agit d’un mouvement pour la libération, pour l’autonomie et pour le démantèlement des hiérarchies oppressives. Nous sommes aux côtés de Riky, de Kipli et de tou.tes celles/ceux qui osent défier le pouvoir oppressif de l’État. Notre résistance ne sera pas écrasée. Nos voix seront entendues.
POUR L’INTERNATIONALE NOIRE
Entrer dans la clandestinité / F.A.A.F.
Note : ces deux compagnons ne font pas partie de la F.A.A.F. [Free Association of Autonomous Fires – Association Libre des Feux Autonomes]





















































